Ce petit lien insondable

Il est venu me chercher alors que la nuit tombait dans le bois… Pff, il me parait si présomptueux d’affirmer ceci, de m’emparer d’un acte en satisfaisant mes désirs d’humaines explications, soit que cette petite boule de plumes m’ait crue perdue… ou qu’elle ait craint que les ombres de la nuit s’emparent de moi… que la hulotte ou le grand-duc me mettent en péril… que la tempête qui menaçait me fasse tomber le ciel sur la tête… Aussi, je me contenterai de simplement raconter les faits, les minutes telles que je les ai vécues.

La nuit s’infiltrait minutieusement dans le bois et je trainais encore repoussant le moment de rentrer, dérivant dans l’amorce de quelques mystères que mon imagination faisait naître. Je vagabondais hors du sentier, les ronces assoupies à cette période de l’année permettent de naviguer plus large. Le vent passait haut au-dessus, agitant parfois violemment la canopée des grands arbres mais ici je me sentais dans la quiétude. Cet entre chien et loup qui fait naitre une sorte d’invulnérabilité m’arrache toujours un peu de mes fragilités. L’impression peut-être de me dissoudre à moi-même pour devenir ce qui m’entoure. C’est alors que j’entendis un petit oiseau s’exciter dans un arbuste derrière moi, il piaillait, voletait, je crus à une mésange mais le cri était plus clair, plus aigu, court, net. Je finis par rebrousser chemin et allai voir ce qui causait ce raffut à cette heure avancée. Je retournais ainsi sur le sentier. J’étais à moins de deux mètres de l’arbuste, l’oiseau s’excitait toujours, je le voyais sauter d’une branchette à l’autre, et lorsque je m’approchai il se déplaça dans l’arbuste suivant, recommençant  le même manège, sautant, pépiant. Je ne distinguais rien, les couleurs avaient viré au gris. Evidemment, j’avais une petite idée de qui était cet oiseau. Je me suis mise à chuchoter « Teddy ? ». J’avançais, je me baissais, je cherchais à voir… jusqu’à ce que, tourné vers moi de trois quart, le rouge de son plastron apparaisse à la hauteur de mes yeux.  « Teddy », dis-je le souffle court. Je sentis alors la vague monter dans ma poitrine et venir déborder en un large sourire. « Teddy… » La joie au coeur, je suivais mon petit guide qui m’abandonna lorsque je croisai l’autre sentier qui jouxte la maison. Je le vis s’envoler vers le bois. J’ai bien couru un peu après, mais cette fois il avait disparu.

(la photo a été prise le matin de ce même jour)

22 commentaires sur “Ce petit lien insondable

  1. que j’aime ta façon de nous conter ta vie au bois! ton lien avec teddy me semble fondé car, pour ma part, je n’ai jamais entendu un rouge-gorge s’égosiller à cette heure-là 😉

    1. Ce que je remarque c’est que lorsque Teddy est venu me rejoindre les autres fois, il se posait sur une branche et chantait une mélodie. Là, c’était des petits cris brefs.

            1. Pas de « tssh ». Un « uip » (j’imite mal) bien sonore mais pas de rythme rapide. Ça ressemblait un peu au cri de la pinsonne quand elle réclamait des graines pour ses petits (elle savait se faire comprendre), ou quand elle empêchait ses petits de la suivre sur la margelle (l’un d’eux ne s’est pas gêné).

              1. J’ai écouté plusieurs chants d’oiseaux. Celui que je (re)connais le mieux c’est le merle. Très caractéristique. Mais le langage du merle est beaucoup plus varié que ce qui est proposé sur le blog. Des pok pok pok au cri qui déborde en cascade quand il est dérangé, et bien sûr le superbe chant du printemps qui est unique à chaque territoire. Tu sais sans doute que les oiseaux ont des parlers différents selon les régions. J’ai entendu qu’un pinson des arbres du nord qui arrivait au sud n’avait pas le même « accent » que les autochtones et que pour s’intégrer il finissait par adapter son « accent » à celui des autres. Le langage des oiseaux est passionnant et très varié. Je rêverais de faire mes propres enregistrements.

              2. je suis sûre que tu finiras pour décrypter les chants et bien d’autres choses dans ce bois car tu y as fait des pas de géant en très peu de temps 😉

              3. J’ai fait des pas de géant, c’est vrai, j’ai tellement appris et pourtant ce sont les tous petits pas que je fais chaque fois que je m’y plonge qui sont les plus profonds. Une relation très subtile sans aucune certitude. La sérénité, la méditation est ce qui compte le plus et c’est là qu’est la plus grande compréhension même si en surface je ne le sais pas toujours.

    1. Merci. Depuis que ce drôle de petit oiseau est arrivé il y a un an, il m’a énormément ouverte à ce qui se passait autour de moi dans le bois. Alors je ne sais pas ce que je comprends de lui, mais ce qui est sûr c’est que sans lui, je n’aurais pas ce regard de plus en plus profond sur ce qui m’entoure là-bas.

      1. avec certains animaux, il y a des liens qui se nouent en dehors de toute logique et oui teddy développe peut-être un langage rien pour toi….et je ne plaisante pas le moins du monde car on a encore tant à apprendre!

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