A la recherche de Teddy

La semaine dernière, un petit piaf décoloré s’est perché sur la palissade en bois du jardin.  Teddy était en train de ramasser toutes les graines que son bec court pouvait contenir. Depuis deux jours je le voyais se diriger vers une autre direction que celle qu’il avait l’habitude de prendre depuis qu’il est en couple. La femelle faisait de même. J’ai cru qu’ils avaient un autre nid (???) ou qu’un autre couple de rouges gorges avait remplacé la famille de Teddy. Ce qui ne présageait rien de bon. De plus, mon petit ami plumeux semblait plus distant. Etait-ce lui ? Heureusement, j’en fus vite persuadée lorsque toutes les graines furent épuisées, il ne manqua pas de me faire les yeux doux et sévères à la fois pour que je lui en donne d’autres, jetant en l’air celles qui restaient d’un air désapprobateur.  Ce matin là donc, il y avait ce nouvel arrivant. Il ne fut pas difficile de comprendre qu’il s’agissait de Teddy junior lorsque nous vîmes le papa le nourrir.

Lorsque je suis revenue au bois vendredi, j’ai posé mon sac et ouvert les volets comme je fais chaque fois. J’ai pris une poignée de graines et je suis sortie sur la terrasse, j’ai appelé Teddy, lui si prompt d’habitude à venir à ma rencontre, profitant ainsi de sa familiarité pour se servir avant les autres oiseaux. Mais là, point de Teddy. D’ailleurs presque pas d’oiseaux, à part le couple de sittelles et les accenteurs mouchets, un pinson des arbres, un moineau. Qu’à cela ne tienne, j’ai vaqué à d’autres occupations. J’ai bien vu Merle venir se régaler de la pomme que je lui avais offerte. En fin de journée, avait-on vu Teddy ? Non. Je commençais à m’inquiéter. Samedi matin, je me suis précipitée pour ouvrir les volets, appeler Teddy. Mais aucune trace de mon ami volatile. Depuis septembre, il n’avait jamais raté un rendez-vous. La femelle et le petit semblaient également avoir disparu. Je me raisonnais en pensant qu’ils étaient partis vers un autre jardin pour apprendre le monde à junior. La loi n’est-elle pas d’un rouge gorge par jardin ? D’ailleurs, les mésanges charbonnières n’étaient plus là elles non plus. Je regardais les arbres alentours et voyais les longues queues surgir ici ou là avant de se laisser engloutir dans le feuillage touffu. Tout me murmurait qu’il n’y avait pas de quoi s’inquiéter, la vie suivait son cours, le printemps est une affaire sérieuse tout de même. C’est pourtant le coeur un peu triste mais teinté d’une touche d’espoir que je partais dans le bois sur mon sentier habituel. Le matin, le bois est empli de chants d’oiseaux, plus que je n’en ai jamais entendus, un véritable brouhaha. Je regardais autour de moi, tendant l’oreille plus qu’essayant de voir. Le bois m’apaisait, je suivais un peu mon sentier pensant à mon Ted chaque fois que je passais devant un endroit où il m’avait accompagnée. Et  je suis revenue sur mes pas.

C’est là que j’ai entendu un chant familier, puissant, aigu. J’appelai « Teddy ? ». Et le chant qui reprit de plus belle. Je tentais de trouver de quel arbre venait le son, parlant lorsque la stridulation s’interrompait. Enfin je levai les yeux vers une branche, je vis bien un petit piaf dont je ne distinguais aucune couleur à contre-jour. Juste une ombre. Souhaitant prendre des plans larges du bois, je n’étais pas équipée de mon téléobjectif. Je m’approchai au plus près et pris une photo dans de piètres conditions, ne pouvant me placer correctement par rapport à la lumière. « C’est toi Teddy ? », j’eus droit à une réponse hautement volubile. Alors je lui ai proposé « on rentre à la maison ? », j’ai alors commencé à marcher, l’oiseau s’est envolé dans le sens opposé. Dès que je suis rentrée chez moi, j’ai grossi la photo que j’avais prise, floue, mais je ne m’étais pas trompée il s’agissait bien d’un rouge gorge.

Le lendemain matin, je repartais pour le bois, bien décidée à retrouver mon Teddy. J’avais l’intention de faire un tour en restant dans le périmètre restreint où j’aime ouvrir les portes magiques, mais cette fois je ne chercherais ni Loretta ni ceux de son monde. Les portes resteraient fermées. J’attendis un petit moment quand soudain j’entendis le même chant que la veille, ce chant d’une sonorité intense que Teddy élève dans la forêt alors qu’il a une si petite voix dans le jardin lorsqu’il me réclame à manger dans un état proche de l’inanition. Je le reconnaitrais entre mille. Sa voix me guide, entend-il la mienne ? il se tait lorsque je parle, recommence dès que je fais silence. Alors je le vois perché sur une branche, toujours à contre-jour, mais cette fois j’ai mon téléobjectif. Il connait le bruit du basculement du miroir, il n’aura pas peur. J’avance vers lui. Je photographie. Je lui parle doucement, le coeur en débordement.

Teddy et les petits oiseaux ont migré vers le bois tout simplement parce qu’il est un réservoir à insectes. C’est là qu’est la bonne nourriture.

Hier après-midi, des amis sont passés nous voir. Soudain j’ai entendu le chant s’élever dans les arbres qui dominent le jardin. « oh », ai-je fait. « C’est Teddy ? » me demande-t-on ? C’est son chant en tout cas. Très haut et invisible dans l’arbre. Nous restons tous à l’écoute comme suspendus dans l’attente de quelque évènement important. A ce moment-là, Teddy a décidé de nous rendre visite comme il faisait au temps du bois ensommeillé. Il s’est posé sur la margelle, frontière entre la terrasse et le jardin, s’est avancé jusqu’aux graines épargnées par le merle et les oiseaux qui restent de passage. Il n’a rien pris, a juste sautillé, et s’est envolé. Mon petit oiseau libre.

15 commentaires sur “A la recherche de Teddy

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    1. J’aurais dû te demander avant de me faire du soucis. C’est ma première année d’observation des oiseaux (j’en savais davantage sur les balbus ou les chouettes effraies que sur les oiseaux de jardin).

      Aimé par 1 personne

  1. Magnifique ! On reste scotché par le suspense de la disparition de cet oiseau au nom de nounours. J’ai aussi mes rouges-gorges mais Dieu m’est témoin que je ne distingue aucune différence entre celui qui guette mes apparitions devant la maison quand je secoue mes carpettes pleines de poils de chien et celui de derrière, qui sautille dans l’herbe au petit matin ? Comme je ne donne pas de graines, il(s) me snobe(nt).

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    1. Teddy bear, il est venu de loin ce nom. Je donne aussi des cacahuètes que j’épluche et écrase, et je partage des bouts de biscuit avec lui. Et ce depuis septembre. Je suis consciente que ça aide beaucoup à la relation. Compagnon, signifiant « celui avec lequel on partage le pain » prend tout son sens.

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