Mon paradis sous le soleil de février

La mare est gelée mais les batraciens sont de retour, j’ai entendu le petit « brrronn » tout doux de mes p’tits crapauds… ou de ma princesse aux belles cuisses. Dame nature est en retard, il y a un an jour pour jour, Adam et Eve s’accouplaient gaiement dans leur paradis retrouvé.

Mais d’abord, des nouvelles de Teddy.  Il y a en ce moment un deuxième rouge-gorge qui se nourrit près de Teddy. Nous les déclarons donc officiellement en couple. Ce qui n’empêche pas mon petit compagnon de me suivre maintenant assez loin dans le bois. Oui. J’ai eu cette jolie surprise, j’avais déjà bien remonté le sentier et je m’étais accroupie pour photographier des pousses de jonquilles lorsque j’ai entendu un battement d’ailes suivi du chant caractéristique de Teddy. Me retournant j’ai vu ma petite boule de plumes qui me tenait un long discours perché sur une branche de houx, je l’ai appelé, il a voleté autour de moi se posant de ci delà. Jamais je ne l’avais vu si loin dans le bois, j’étais fort émue comme on peut s’en douter. Teddy me regarde beaucoup en ce moment. Il est très présent, plus que par les mois passés, un peu style Big Brother. Il est toujours le seul à ne pas fuir lorsque je dispose des gourmandises sur la margelle. Il est donc le premier servi, même si les autres ne se sauvent plus très loin. Le plus étonnant c’est cette offrande qu’il m’a faite (j’essaie de ne pas faire d’anthropomorphisme, mais c’est étrange tout de même), un truc gluant qu’il a ramassé sous une feuille, il s’est reposé sur la margelle avec sa proie dans le bec, et l’a laissé tomber devant moi, avant de s’envoler.

Ce week-end, malgré le froid, le soleil nous a fait la fête. Moins de gadoue, nous en avons profité pour longer les falaises. Le bout du bois et la côte ouverte sur la baie de Somme sont toujours un spectacle grandiose.

Se laisser aller à cette délicieuse impression de n’être plus rien qu’une particule dans l’univers renvoie l’effet d’une remarquable plénitude. Et si le vent est puissant et glacial à découvert, le creux du vallon nous protège, alors seule la chaleur du soleil nous atteint.  C’était un avant-goût de douceur telle que je l’avais oubliée après ces mois pluvieux.

Le lendemain, une marche à travers le bois jusqu’à la plage, la mer à marée basse est comme un appel, j’adore crapahuter sur les rochers, très vite, un jeu qui me ramène à l’enfance. Mais le froid était si brûlant que mes doigts avaient du mal à manipuler l’appareil photo.  Le vif du moment, chaque image me le rappelle, cette vigoureuse piquette presque insupportable (carrément insupportable). Mais l’appareil photo fait loi, pas de gants. Le bois se trouve dans une valleuse, et la plage s’ouvre entre les deux bords des falaises. Une plage sauvage, sans sable, même lorsque la mer se retire. On s’y baigne pourtant, uniquement à marée haute, là où ça descend très vite.

un petit oiseau chahuteur dans le tronc d’un arbre

Pourtant, si j’aime l’immensité de la mer, je lui préfère le cocon du bois, mon grand plaisir reste la marche en solitaire au milieu des arbres, mes fantasmagories y trouvent nourriture. Le bois, de ce côté, m’est devenu si familier que j’ai l’impression que les arbres me reconnaissent. Nous avons nos connivences, nos caresses. Il y a des sentiers de randonnées, mais juste à côté de la maison, j’aime prendre un petit chemin presque caché où je ne rencontre personne, j’entends les voix passer parfois le long des champs pas loin, je me sens alors sauvage moi aussi, animal parmi les animaux que j’entends bouger dans les fourrés, l’ouïe s’ouvre, le champ visuel se dilate et est à l’affût du moindre mouvement. Là, je vais rejoindre Valentin le désossé qui n’en finit pas d’agiter ses gambettes, le corbeau de Loretta, bien sûr, l’arbre pieuvre, un salut à la Centaure bicéphale, les houx m’ouvrent le passage en piquant un peu les cuisses, c’est de bonne guerre, ils me protègent. Parfois un écureuil montre le bout de son nez. C’est juste du bonheur !

Et comme nous sommes à l’orée de la baie de Somme, une photo avec des phoques dedans, alanguis au loin. C’était une semaine avant.

21 commentaires sur “Mon paradis sous le soleil de février

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  1. Oh oui, des nouvelles de Teddy !
    Qu’il est rigolo, et son comportement avec toi est si touchant 🙂

    J’ai dû chercher sur une carte où était la baie de Somme (la honte), ça a l’air d’être une très jolie côte. Je trouve ça merveilleux que tu aies bois et mer à proximité, à choisir selon l’humeur du moment ! J’aime aussi beaucoup les promenades en forêt, malheureusement autour de Bordeaux c’est surtout vignes et pins… Agréable aussi mais ce n’est pas la même ambiance !

    J’espère qu’on aura d’autres « point info Teddy » au fil de l’arrivée du printemps 😉

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    1. C’est très joli, en effet. Oui, un bois au bord de la mer, ce n’est pas très commun, surtout avec des arbres comme les charmes, hêtres, chênes, etc
      Ah, oui, mais par chez toi, il y a du bon vin, un bon bordeaux, je suis preneuse 🙂

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  2. Délicieuse balade, très bien écrite, en plus. On y est. Merci Vy.
    Un jour que je me promenais avec ma fille qui avait deux ans, un roitelet huppé nous a accompagnés un bon moment. Le premier que je voyais. Une petite merveille.

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  3. alors nous étions au moins deux (et sûrement quatre) à nous réjouir du beau temps, même très piquant! oui je ne sentais plus mes doigts non plus mais qu’importe quand on a l’ivresse!
    c’est vraiment le paradis par chez toi puisque tu as tout en un, même ‘la montagne’ grâce aux falaises! et puis arbres et oiseaux te reconnaissent pour une des leurs…..et ça, ça……….mmmmmmmmmmmmmm
    je suis sous le charme de tes mots et de tes images……et que je suis contente!!!!

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    1. Merci tout plein malyloup. Tu vois je suis dans ma banlieue là, et pourtant je suis tellement là-bas, dans ma maison. Parce que, bien sûr, il n’y a pas que le bois, que la mer, il y a la maison aussi, et je m’y sens tellement accueillie par cette vieille dame de plus d’un siècle. Elle en a pourtant vu passer du monde, mais nous nous apportons mutuellement le calme, je crois. Je n’oublie pas ce qu’avait dit Caroline, un jour sur un de mes articles du bocal, « c’est de l’amour ». Oui, cette histoire c’est de l’amour.

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        1. ah oui, caroline a raison: dans le lecteur wordpress ton billet commence par la photo d’une femme (toi?) qui est en haut d’une sorte d’escabeau en bois et qui regarde derrière elle ou à ses pieds……et chez toi elle n’y est pas cette photo! que de mystère et de méandres dans l’informatique wordpress 😉

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          1. Je viens de m’apercevoir que ma réponse à Caroline, je l’ai faite sur ton blog. J’ai répondu à la suite en pensant qu’il s’agissait du même article. C’est juste une précision pour remettre les choses en ordres dans ce croisement d’articles 🙂

            Aimé par 1 personne

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