Jouir comme une sainte et autres voluptés

La collection Traits et portraits (Mercure de France) donne l’occasion aux artistes de s’essayer à l’exercice de l’autoportrait écrit et ponctué d’images.

Ayant entamé la lecture de Thérèse mon amour, de Julia Kristeva, puis écouté au hasard des ondes de l’émission Mauvais Genres sur France Culture, Pascal Ory venu présenté son dernier opus, Jouir comme une sainte et autres voluptés, je décidais de voir de quoi il retournait, m’y plongeant bien vite avec grand intérêt. Le but du livre étant l’autoportrait, c’est à partir de l‘Extase de Sainte Thérèse, sculpture du Bernin* édifiée en la chapelle de Santa Maria della Vittoria à Rome (architecte le Bernin), que Pascal Ory revient sur sa vie et disserte sur la jouissance sexuelle dans l’expérience mystique. Un livre subjectif, sans doute, et ô combien instructif et de lecture savoureuse.

La sculpture en marbre : nous sommes devant un couple, un ange et une femme. L’ange « ébauche un geste ambigu« , chez la femme « L’entrecuisse est tout à fait perceptible ». « La femme n’est qu’abandon et son corps n’est que démembrement. » « Sans regard, ce visage n’est qu’une bouche offerte, dévorée des yeux par l’ange au sourire ineffable ». « Le geste, on le devine, sera profond et doux à la fois. » Quant à la flèche que tient l’ange, « elle suggère que la frappe vise le coeur, mais un souffle creuse le ventre de la femme, pour l’instant – un instant qui dure déjà depuis près de quatre siècles -, la flèche tombe plus bas. » L’Ange est rayon, ardent, dardé ; la Femme est envol, ruissellement, démembrement. » Le ton est donné.

Ainsi Pascal Ory va alterner un retour sans cesse renouvelé à la sculpture, des morceaux de sa vie, de la vie du Bernin, mais aussi du contexte dans lequel fut sculptée l’Extase dans l’Italie du XVIIème siècle qui connaissait des rivalités entre catholicisme et protestantisme, le premier triomphant du second, la canonisation de Thérèse, et par delà la présentation d’autres « extasiées » qui n’eurent pas la chance d’être épargnées par l’Eglise et seront appelées « égarées, possédées, démoniaques », ce qui ne présageait rien de bon.

Nous croisons des admirateurs de l’Extase de Sainte Thérèse, comme Stendhal qui n’appréciait pas du tout le baroque ni le Bernin, mais sur lequel le charme opéra : « Quel art divin ! Quelle volupté ! […] Nous avons pardonné au cavalier Bernin tout le mal qu’il a fait aux arts ». Quant à Lacan, il n’y va pas par quatre chemins  : « Pour ce qui est de jouir, dit-il de l’Extase, c’était le pompon. » Et encore des noms, beaucoup de noms, Balzac, Sade, Bataille, etc.

Pascal Ory, parle de son père, journaliste grand reporter, de sa mère, de son enfance, travailleur et sérieux, de sa détermination en devenant adolescent d’écrire des livres et d’aimer les femmes. Et d’autres petites choses à découvrir, dont une jolie anecdote de vie qui me donna des frissons. On n’est pas de marbre tout de même.

Il parle de la puissance des hommes, de l’écrasement des femmes, d’Eros, de Thanathos et de Théos.  Dualité divine, dérives religieuses, d’hier à aujourd’hui, violence, puritanisme montant, beaucoup de sujet sont abordés dans ce petit livre.

L’ange au visage lumineux est sans doute un séraphin, pense Thérèse, il « tient un dard en or à large pointe qui semble avoir « à l’extrémité un peu de feu », avec lequel il redouble d’ardeur. Il l’enfonce à plusieurs reprises dans son coeur « et toutes les fois qu’il l’en retirait il m’arrachait les entrailles et me laissait brûlante d’un si grand amour de Dieu que la violence de ce feu me faisait jeter des cris mêlés d’une si grande joie que je n’avais pas envie d’être délivrée d’une douleur si agréable. » ainsi parle Thérèse dans son autobiographie.

« Oh oui, c’est inévitable :

Dans la souffrance le délice ! »

Transverbération dira-t-on dans la société des mystiques. « la grâce du dard », dira Jean de la Croix, compagnon indéfectible de Thérèse, son garant, son protecteur (sans lequel elle aurait fort bien pu terminer sur le bûcher plutôt que sur les autels).

Au détour d’une page, le plaisir de voir apparaitre les Extases de Ernest Pignon Ernest que j’avais eu le saisissant bonheur de voir à la chapelle des Carmélites à Saint-Denis (93), dont je vous avais parlé ici

 

Pour terminer cet article en guise de conclusion tirée du livre : « Tout est plaisir à qui aime le plaisir. Ce n’est pas plus compliqué que ça. »

*

Je n’ai jamais vu la sculpture du Bernin, les photos ne sont donc pas de moi.

Pascal Ory est historien, critique d’art et passionné de bandes dessinées

*Gian Lorenzo Bernini, dit le Bernin ou encore le Cavalier Bernin – sculpteur, architecte et peintre (1598 -1680) Italie.

Des liens :

Pascal Ory, invité de Mauvais Genres

Jouir comme une sainte et autres voluptés, Pascal Ory – Traits et portraits, Mercure de France

 

16 commentaires sur “Jouir comme une sainte et autres voluptés

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    1. Oui, j’avais lu ce texte où le conseil du curé était étrange.
      Allons donc, sur votre blog, on y trouve aussi de l’amour, de la tendresse, de la poésie, des contes, des livres, et puis un peu (ou beaucoup) de votre vie, et j’en oublie sans doute. Très souvent plaisant à lire, à faire sourire aussi 🙂

      J'aime

    1. Et si ça vous intéresse, j’ai ajouté une photo de la sculpture dans le plan d’ensemble de la chapelle. Cela ressemble à un théâtre, avec sur les côtés des sculptures d’hommes qui parlent entre eux, sans doute les commanditaires.

      Aimé par 1 personne

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