Les arbres à loques de Sénarpont

Depuis quelques mois, chaque fin de semaine nous suivons la vallée de la Bresle pour nous rendre dans un petit bois du côté du Tréport. L’aller, le retour, sur cette route font partie des plaisirs flottants, aériens, fugaces, à mille lieues  de l’étouffement francilien.

Et à chaque voyage sur cette départementale 1015, je regarde dans un sens ou dans l’autre, à la vitesse de 90 km/heure, cette étrange forêt de chiffons pendouillant aux branches des arbres ou les entortillant ou encore semblant avoir été jetés à même le sol. Ce vendredi, j’ai décidé d’arrêter la voiture à l’orée de la forêt de Sénarpont, afin d’en savoir davantage. Je n’avais jamais pensé qu’il s’agissait d’une décharge, mais plutôt d’une installation artistique. Et bien, ce n’est ni l’un ni l’autre.

Sénarpont fut par deux fois épargnée par la peste, en 1499 et en 1638, et en 1918 la grippe espagnole ne frappera pas le village. Durant des siècles, on pria et remercia Saint-Claude, une chapelle fut construite puis détruite, elle sera remplacée par un oratoire. Foi en Saint-Claude ou pouvoir de l’énergie guérisseuse des arbres ? Toujours est-il que nos contemporains gardent la foi d’hier et continuent d’entretenir les croyances puisque certains guérissent de leur maladie. Ces « mumies » sont les vêtements des malades portés pendant neuf jours sur le mal ou les plaies et confiés ensuite aux forces guérisseuses.

Sur ce site vous trouverez un complément d’information fort intéressant.

27 commentaires sur “Les arbres à loques de Sénarpont

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  1. voilà qui renforce (s’il est encore possible ;-)) ma croyance en la guérison par les arbres…..on sait ‘scientifiquement’ qu’ils sont le poumon de la terre mais je crois qu’ils sont beaucoup plus que cela 🙂
    le fait de *croire* est aussi une clé, si ce n’est ‘la’ clé encore à l’oeuvre aujourd’hui comme en témoigne l’affiche que tu as photographiée
    cette affiche témoigne également (pour moi) de notre appartenance à la culture celte et il est étonnant de ‘voir’ combien on préfère aller chercher loin de chez soi ce qui est à portée de regard car chaque culture est pourtant porteuse du même message….message que les artistes ne cessent de mettre en évidence, y compris dans une composition comme celle-ci (qui me rappelle certaines des expos que tu as si bien relayées, Evy) car chacune des personnes ayant déposé un linge participe à la construction du message-oeuvre…………
    merci d’avoir posé ton regard sur cette *route*, Evy, il me va droit au cœur 😉

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      1. je viens de lire cet article avec attention, merci Evy 🙂
        ça me rappelle cette chapelle dont j’avais fait le portrait ds un de mes billets et où la souche d’un immense chêne (chaîne?) était vénérée à l’intérieur…….
        dans cet article-ci, j’ai beaucoup aimé le lien entre le nom ‘phonétique’ des arbres et d’autres mots (hêtre et être…..), ça me parle et je n’avais jamais fait le rapprochement 🙂
        j’y ai vu aussi la façon dont on peut ‘lire’ de la désespérance en ces lieux que pour ma part, je ne vois pas comme tels….
        d’autre part il est question d’une forêt d’Eu, or il y en a une ici qui porte aussi ce nom…..
        tout *ça* continue de m’intriguer alors je vais être encore plus attentive à ce qui m’entoure 🙂
        merci à toi, petite lutine bleue!

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        1. Je me souviens de ton article. La forêt d’Eu proche de la ville d’Eu et du Tréport, est un endroit magnifique où j’adorais me balader quand nous venions de temps à autre dans le coin, j’y avais fait la rencontre d’un tilutin (il y a un article sur mon blog là-dessus), une forêt magique, bien sûr… pour moi du moins. Je n’y vais plus depuis que nous avons notre maison dans le bois qui n’est qu’à quelques kilomètres, mais comme ce bois est aussi enchanté…

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  2. C’est effectivement intrigant : on dirait des fantômes. Et c’en est puisque ce sont les fantômes des maladies et des malades. Je trouve assez sinistre cette pendaison de linges. Je ne la trouve pas joyeuse (et elle ne l’est pas) et effectivement, elle fait davantage penser à une décharge qu’à des ex-voto. Merci pour ce reportage étrange et sociologique.

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    1. Des fantômes dansant (joyeusement ou lugubrement selon le résultat obtenu) puisque le vent fait danser les branches et les tissus suivent. La densité de loques est impressionnante et je me demande de quel périmètre autour de ce lieu viennent les personnes qui ont accroché une « mumie ». Et finalement il s’agit bien d’une sorte de décharge : les malades espèrent s’y décharger de leur mal.

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  3. Quelle fabuleuse histoire, et qui dure depuis si longtemps! Les vêtements usagés donnent toujours une impression bizarre, comme une réminiscence de ceux qui les ont porté. Une sorte d’angoisse qu’utilise Boltansky dans ses installations.

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    1. Et ça ne s’arrête pas là. A côté il y a un village qui s’appelle Neuville Coppegueule, on se demandait toujours la signification de ce mot avec mon mari, « coppegueule » = « coupe gorge » ? Et sur le site que j’ai ajouté en lien, je lis ceci « Mais il fut une époque où le petit village (Neuville Coppegueule) avait fort mauvaise réputation et plusieurs voyageurs se retrouvèrent probablement transformés en pâtés et darioles dans la plus grande tradition de l’Auberge Rouge ou du roman « Au bord de l’Eau ». » Et puis la forêt était pleine de loups, que l’on prenait le temps de juger avant de les pendre. Un petit coin charmant comme tu peux en juger… mais c’était il y a très longtemps.

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  4. Met on ses vêtements là pour les récupérer ensuite et utiliser leur pouvoir guérisseur ou y suspend-on les vêtements de malades ayant guéri ?

    Dans le deuxième cas, l’impression de décharge ne serait pas dénuée de sens : on s’y débarrasserait des habits souillés par la maladie…

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    1. D’après ce que j’ai compris, ce ne sont pas les vêtements qui sont porteurs de pouvoirs guérisseurs, on les porte sur le mal, on les suspend et on espère, alors je ne crois pas qu’on le récupère. Ensuite, l’histoire ne dit pas si tous les gens ayant accrochés un vêtement ont guérit, c’est surtout de l’espoir qu’on peut y voir, une attente, j’ai lu quelques témoignage, (un zona, un eczéma, partis, envolés). L’impression de décharge, je pense comme vous, et c’est ce que je répondais à Anne à peu plus haut : « Et finalement il s’agit bien d’une sorte de décharge : les malades espèrent s’y décharger de leur mal. ».

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  5. Pour moi, tout ça est porteur d’humanité.
    J’y vois, j’y sens, surtout des histoires, des moments de vie.
    Heureux et tristes. Mais des moments.
    Et quelque chose d’un vent de bohème.
    Va savoir.

    Et puis y a tes mots, ceux du début.
    Tes mots sur la route entre les deux, le voyage.
    Qui ce matin m’emportent ailleurs.
    Moi qui aime tant faire de la route.
    Rouler, rouler, et regarder le monde.

    Et puis aussi, cet amour qui te prend, doucement.
    Au ventre, aux yeux.
    Cet amour que je sens te prendre.

    Et tes photos, et la lumière.
    Je me serais arrêtée moi aussi.

    Merci ‘vy.
    Pour ces bouts de ta vie.
    Et ces mots qui coulent.
    Comme un ruisseau d’enfance.

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    1. Ce passage par la route est comme une aubaine, une non-violence, c’est toujours un peu difficile de quitter le bois, mais il y a le trajet, avant il se faisait par l’autoroute, nous étions tout de suite dans le retour, la vitesse de vivre, l’ennui du paysage qui défile fadement, maintenant, grâce à cette route qu’un ami de passage nous a conseillée, et qui nous fait traverser en douceur bien des petits villages, c’est comme un retour progressif, et je m’en réjouis chaque fois. Je m’arrêterais bien sur la route encore et encore, je prendrais les chemins de traverse, je cueillerais d’autres histoires… il faudra. Merci pour tes mots, ton regard, ton amitié.

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